Un grand château dans un petit village

Après le mariage et le retour dans la région avec sa princesse, Johann Casimir se doit d’acquérir son propre domaine avec une résidence digne de son nouveau rang. Le vieux château de Neucastel (Palatinat), dont il a hérité, n’est pas adapté. Le choix se porte sur Birlenbach, récemment acquis par son frère, le duc de Deux-Ponts, et qui appartenait depuis le XIIIe siècle aux sires de Ribeaupierre. Johann Casimir rachète le village avec ses maisons, ses habitants et tous les droits. Le site d’un château médiéval à flanc de coteau, avec un magnifique panorama, est un emplacement idéal pour édifier leur résidence.

Les atouts de Birlenbach
Birlenbach offre bien des commodités à Johann Casimir : la proximité de son domaine de Neucastel, l’hébergement au vieux château de Cleebourg pendant la durée des travaux et la mise à disposition de main-d’œuvre, le tout fruit d’un arrangement avec son frère, le duc. À cela s’ajoute la possibilité d’acquérir des terres dans les environs.

Carte des seigneuries dans l’Alsace du Nord en 1648, d’après Kirchner.
L’Allemagne n’est à l’époque qu’un ensemble hétéroclite d’états, de principautés et de villes.
Catharinenburg à Birlenbach, centre d’une nouvelle principauté
De retour au pays, Johann Casimir, son épouse Catharina, leurs deux enfants Christina Magdalena (née en 1616), Carl Friedrich (né en 1618) et leurs gens habitent, depuis l’automne 1618, le « château », vieille bâtisse médiévale à Cleebourg.
Le chantier de la résidence princière démarre fin 1618 : elle est à la fois centre administratif, bâtiment représentatif et habitation.
Le petit Carl Friedrich décède le 1er mai 1619. Ses obsèques ont lieu à Birlenbach où il est enterré. Cette décision de Johann Casimir et Catharina rompt avec la tradition de la maison « Pfalz-Zweibrücken » et s’inscrit dans la logique de l’installation d’une crypte sous la chapelle de Catharinenburg avec l’idée de créer une nouvelle lignée.
La famille princière emménage, en plein hiver, le 27 janvier 1621 à Catharinenburg, alors qu’une partie du château est encore en construction. Preuve d’une inquiétude grandissante au vu de l’évolution du conflit entre protestants et catholiques en Allemagne.
– Le projet de création d’un territoire indépendant se heurte à la dure réalité de la Guerre de 30 Ans.
Le séjour de Johann Casimir et Catharina à Catharinenburg est de courte durée, 6 mois à peine !
Fin juin 1621, voyant le péril de la guerre se rapprocher, la famille princière se réfugie à Strasbourg (où résident également un frère et la mère de Johann Casimir).
Un an plus tard, sur l’insistance de Gustav Adolf, le roi de Suède, la famille part pour la Suède. En effet, Johann Casimir est un proche des leaders de l’Union protestante, ce qui l’expose particulièrement à des représailles de la part de la Ligue catholique.
Une deuxième raison à leur départ est la mort à 21 ans du jeune frère du roi, Carl Philip.
Gustav II Adolf n’ayant pas encore d’enfant, il faut assurer la continuité de la dynastie.
Johann Casimir et Catharina ne reviendront jamais en Alsace !

La principauté de Catharinenburg de 1622 à 1652
Après le départ pour la Suède en 1622 et jusqu’en 1648, fin de la Guerre de 30 Ans, les affaires courantes de la jeune principauté sont prises en charge par le duché de Deux-Ponts et les fondés de pouvoirs de Johann Casimir.
La Guerre de 30 ans
À partir de 1624, la région est soumise aux occupations des troupes de mercenaires des 2 camps qui vivent de réquisitions et de rapines ; Catharinenburg et Birlenbach ne sont pas épargnés.
1631-1632 : Catharinenburg,résidence princière pour la 2ème fois :
En février 1631, la nièce de Johann Casimir, Magdalena Catharina, (fille du duc Johann II) emménage avec son époux Christian 1er de Deux-Ponts-Birkenfeld dans Catharinenburg à la demande de Johann Casimir. De nombreuses réparations sont entreprises au château.

Leur premier enfant, un garçon mort-né est enterré le 15 septembre 1631 à l’église de Birlenbach.
Courant 1632, le couple quitte Catharinenburg, Christian 1er participant à la campagne de l’armée suédoise, en tant que général de cavalerie.
La guerre fait rage à partir de 1633.
L’année 1633 est pour les villageois l’une des plus calamiteuses : pillages, incendies, épidémie de peste déciment la population. Catharinenburg subit 2 pillages successifs en 1634, 2 gros incendies en 1636 et 1637. De 1637 à la fin de la guerre, les villages du domaine sont déserts. Les occupations des troupes laissent le château dans un triste état.
1649-1650
Carl Gustav, fils de Johann Casimir et Catharina, héritier de Catharinenburg se trouve dans la région.
Vu le petit nombre d’habitants restants, il agrandit le domaine en achetant Drachenbronn ; Keffenach, la moitié de Schoenenbourg et des domaines à Memmelshoffen, à Lobsann et à Kutzenhausen. Il projette aussi de restaurer Catharinenburg.
La mort de son père, Johann Casimir, en 1652, le rappelle en Suède. Peu après, sa cousine Christina, reine de Suède, envisageant l’abdication, le fait désigner comme successeur, puis comme prince héritier du trône.
Carl Gustav ne reviendra pas à Catharinenburg.

La principauté de Catharinenburg change de statut en 1654
À la mort de Johann Casimir en 1652, Carl Gustav hérite de la principauté de Catharinenburg.
En 1654, à son accession au trône de Suède, la principauté devient donc possession privée du roi de Suède. Elle prend la dénomination de « Prévôté de Catharinenburg, possession privée de la couronne suédoise » (en allemand « königliches-schwedisches Allodialamt Catharinenburg »)
La prévôté de Catharinenburg de 1654 à 1718
Jusqu’en 1670, elle est administrée par Adolf Johann, plus jeune fils de Johann Casimir et Catharina ; d’abord au nom de son frère, le roi Carl Gustav, puis à partir de 1660, de son neveu Carl XI.

Il réside périodiquement à Catharinenburg et y entreprend les réparations indispensables au château pour le conserver.
Malheureusement, des mouvements de troupes françaises reprennent dans la région, prémices des guerres de conquête de Louis XIV.
Adolf Johann quitte définitivement Catharinenburg en 1673. Une nouvelle période sombre s’ouvre pour le château et les villages.
Lorsque Carl XI, fils de Carl X Gustav, hérite du duché de Deux-Ponts en 1681, le bailliage de Cleebourg entre à son tour dans le giron de la couronne suédoise. Mais ses administrateurs ne peuvent rien face à l’occupation française.


La politique belliqueuse de Louis XIV entraîna, à Birlenbach et dans la région, de continuels passages et cantonnements de troupes à la charge des villageois. Catharinenburg subit les exactions des garnisons successives et son état ne fait qu’empirer.
Le château, en ruine au début du XVIIIème siècle, est démantelé et ses pierres employées dans les constructions à Birlenbach et dans les villages alentours.
Louis XIV et l’Alsace
Par le traité de Westphalie, signé à la fin de la Guerre de Trente Ans (1648), la monarchie française s’adjuge une partie de l’Alsace.
Louis XIV n’a de cesse d’étendre sa souveraineté à la province toute entière. Les campagnes militaires dévastatrices de 1671 à 1678 ouvrent la voie. Le monarque absolu s’approprie l’Alsace par les « Arrêts de Réunions » de 1680.
Malgré leurs protestations, les princes possessionnés en Alsace, dont le roi de Suède Carl XI et le duc de Deux-Ponts, doivent se soumettre à l’autorité royale du « roi soleil ». Les princes, ayant prêté foi et hommage au roi de de France, peuvent continuer de gérer leurs domaines.
Ce n’est qu’après la signature du traité de Ryswick en 1697 que Louis XIV reconnaît le roi de Suède, Carl XII comme le propriétaire légitime de la prévôté de Catharinenburg et du bailliage de Cleebourg.
Les « villages suédois » du Nord de l’Alsace
Carl XII nomme un gouverneur suédois dans le duché de Deux-Ponts qui administre les biens situés dans le royaume de France. Cette situation durera jusqu’à sa mort en1718.
À partir de 1716, il n’y a plus d’agent du duché à Catharinenburg, la prévôté est administrée depuis Cleebourg.
C’est de cette période que viennent les surnoms de « villages / paysans suédois ».
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(En vert sur la carte) Les villages du bailliage de Cleebourg.
(En jaune sur la carte) Les villages de la principauté de Catharinenburg.

La prévôté de Catharinenburg de 1718 à 1734
A la mort de Carl XII, le trône de Suède revient à sa sœur, Ulrika Eleonora. Elle règne à partir de 1719 et abdique en 1720 en faveur de son mari : Frédéric, landgrave de Hesse-Cassel, qui devient roi sous le nom de Frédéric 1er (1720-1751).

Les possessions allemandes et alsaciennes de Carl XII, passent par voie d’héritage à deux maisons seigneuriales différentes :
- Ulrika Eleonora, reine de Suède, hérite de la prévôté de Catharinenburg
- Gustav Samuel Leopold, (fils de Adolf Johann et le plus proche parent de Charles XII), hérite du duché de Deux-Ponts. (Ulrike Eleonora ne peut pas hériter du duché de Deux-Ponts, en vertu du droit de primogéniture masculine en vigueur dans le duché.

Gustav Samuel Leopold prétend être l’héritier de toutes les possessions de Carl XII et s’empare illégalement de la prévôté de Catharinenburg. La reine de Suède commence un procès à Vienne, mais comme elle n’a pas d’archives palatines à sa disposition à Stockholm, ses démarches n’aboutissent pas.
Ulrika Eleonora tente bien de reprendre son bien à la mort de Gustav Samuel Leopold en 1731, mais l’empereur met la succession sous séquestre, Ulrika Eleonora renonce finalement à son héritage en 1734.
La prévôté de Catharinenburg est intégrée au duché de Deux-Ponts
Catharinenburg de 1734 à 1787
En 1735, Christian III de Deux-Ponts-Birkenfeld (1674-1735), (petit-fils de Christian I qui résida à Catharinenburg en 1631-1632) hérite brièvement du duché de Deux-Ponts.


Son fils Christian IV (1722-1775) lui succède à partir de 1735.
Il sera le dernier seigneur des domaines de Catharinenburg.
Les terres alsaciennes du duché sont (définitivement) annexées à la France en 1776, mais comme la procédure met du temps, cela n’entrera en vigueur qu’en 1787, deux ans avant la Révolution Française.
Tableau chronologique 1600-1654

Tableau chronologique 1655-1733
A venir
Tableau chronologique 1734-1787
